LAb[au]
Bruxelles - 2000
Depuis l’avènement de l’art moderne, la lumière constitue l’un des champs d’expérimentation les plus décisifs de la création visuelle. origamiSquare Superblack s’inscrit dans cette histoire tout en en déplaçant radicalement les enjeux : la lumière n’y fonctionne plus comme simple phénomène optique, mais comme paramètre opératoire, soumis à des règles, des systèmes et des protocoles perceptifs.

L’œuvre se présente comme une surface géométrique rigoureusement structurée, animée par un mouvement lent et programmé, dominée par un noir d’une profondeur inhabituelle. Obtenu à partir du pigment Musou Black, ce noir ne joue ni le rôle de fond ni celui de monochrome ; il agit comme une zone d’absorption quasi totale, modifiant les conditions mêmes de la perception. Dans cette absorption extrême, la lumière ne disparaît pas : elle se déplace vers un régime résiduel, perceptible uniquement par de fines variations, des tensions optiques, des émergences formelles. Le spectre lumineux se trouve ainsi comprimé jusqu’à un seuil critique où le visible frôle l’invisible.
La transformation continue de la surface est régie par des règles algorithmiques précises. Chaque pli, chaque rotation, chaque intervalle temporel obéit à un programme qui fait de l’œuvre un processus plutôt qu’une image. La perception devient alors une expérience située, dépendante du temps, du mouvement du corps et des conditions d’observation. Voir n’est plus une opération passive, mais un acte actif de négociation avec les limites du regard.
Ce noir profond agit également comme métaphore critique de notre environnement contemporain saturé d’images et de lumière. À rebours de la sur-exposition permanente des écrans, l’œuvre instaure un régime de rétention, de seuil et de quasi-disparition, où le sens demeure partiellement suspendu.
Présentée dans Spectrale, origamiSquare Superblack apparaît comme une œuvre-limite, située entre apparition et effacement, entre calcul et expérience, entre lumière et nuit. Elle ne propose pas une image, mais un régime de visibilité, interrogeant ce que signifie percevoir dans un monde structuré par les algorithmes, les systèmes et les spectres lumineux artificiels.
LAb[au] —Fondé à Bruxelles par Manuel Abendroth et Jerome Decock, LAb[au] est un collectif d’artistes et de chercheurs travaillant à la croisée de l’art, de l’architecture, du design et des sciences computationnelles. Leur pratique repose sur l’élaboration de systèmes génératifs, de structures algorithmiques et d’architectures lumineuses dans lesquelles l’œuvre est pensée comme un organisme évolutif, régi par des règles, des flux et des temporalités multiples. LAb[au] développe depuis le début des années 2000 une recherche internationale sur les relations entre code, espace, perception et cognition.