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CINETIQUE - QUANTIQUE

Curated by Janine Sarbu - Santiago Torres -
Paris Octobre 2025

En 1955, la Galerie Denise René présentait l’exposition fondatrice Le Mouvement, moment décisif de l’histoire de l’art moderne qui posait un geste à la fois esthétique et philosophique : faire du mouvement, de la lumière et de la perception les matières mêmes de l’œuvre. À travers les propositions de Victor Vasarely, Jesús Rafael Soto, Yaacov Agam ou Jean Tinguely, l’exposition inaugurait l’art cinétique comme un champ ouvert, mouvant, interactif, en dialogue direct avec les technologies et les sciences de son temps. Dans cette même dynamique, Nicolas Schöffer développe dès les années 1950 une œuvre cybernétique fondée sur des sculptures programmées et sensibles à leur environnement, anticipant l’idée d’une intelligence réactive dans l’art. Plus tard, Julio Le Parc place le spectateur au centre de dispositifs optiques et lumineux où la perception devient instable, vibrante, aléatoire. Tous partagent une même intuition : l’œuvre ne peut plus être figée ; elle doit vivre, réagir, se transformer et faire de l’expérience perceptive un principe actif. Soixante-dix ans après Le Mouvement,





CINÉTIQUE – QUANTIQUE propose une relecture contemporaine de cet héritage à l’aune des avancées de la physique quantique, discipline qui bouleverse notre rapport au réel en introduisant la superposition des états, l’intrication, l’incertitude de la mesure et le rôle central de l’observateur dans la constitution même du phénomène. Autant de notions qui résonnent profondément avec les problématiques plastiques du cinétisme. L’exposition réunit ainsi plusieurs générations d’artistes explorant les liens entre mouvement et indétermination, entre science et esthétique, et affirme une vision de l’art comme champ expérimental et espace de pensée.


CINÉTIQUE – QUANTIQUE défend l’idée que, comme la physique contemporaine, l’art ne décrit plus un monde stable et objectivable, mais un univers fluctuant, dépendant du regard, du contexte et de la relation avec le spectateur. À l’heure où nos réalités physiques, écologiques et numériques se complexifient, l’exposition affirme la nécessité d’un art à jour : à jour des connaissances scientifiques, à jour des modes de perception, et à jour de l’instabilité fondamentale du monde.




Depuis son émergence au milieu du XXᵉ siècle, l’art cinétique s’est construit comme une remise en cause radicale de l’immobilité héritée de la peinture et de la sculpture traditionnelles. En intégrant le mouvement, la lumière, le temps et la participation du spectateur, il a transformé l’œuvre en une expérience instable, ouverte et relationnelle. Cette mutation artistique coïncide avec un bouleversement scientifique majeur : l’avènement de la physique quantique, qui redéfinit notre compréhension du réel. Dans les deux cas, il ne s’agit plus de décrire un monde stable et objectivable, mais d’interroger les conditions mêmes de la perception. La matière cesse d’être fixe, la lumière n’est plus continue, et l’observateur n’est plus extérieur au phénomène : il en devient un acteur déterminant. La théorie quantique révèle un réel fondé sur des probabilités, des interactions et des états superposés ; de manière analogue, l’art cinétique démontre que l’œuvre n’existe pleinement que dans l’expérience vécue, dans la vibration lumineuse, la répétition d’un motif ou l’instabilité d’un dispositif. L’un comme l’autre refusent les certitudes figées pour embrasser l’aléatoire, l’indétermination et la co-création entre phénomène et observateur. Dès les années 1960, des artistes comme Julio Le Parc, Francisco Sobrino, Yvaral ou Ludwig Wilding mettent en scène cette instabilité du regard : illusions optiques, répétitions et vibrations lumineuses font apparaître des formes jamais définitivement fixées, qui se recomposent selon le déplacement du spectateur, à l’image des particules quantiques oscillant entre plusieurs états possibles. L’œuvre devient alors un champ de possibles plutôt qu’une forme unique. Dans le même esprit, Martha Boto et Antonio Asis introduisent des dispositifs lumineux et chromatiques qui fragmentent la perception et font écho à la nature ondulatoire et corpusculaire de la lumière, déployée en rythmes et interférences échappant à toute logique binaire. Aujourd’hui, une nouvelle génération prolonge cette aventure en intégrant le numérique, l’interactif et les données en temps réel. Antoine Schmitt explore, à travers des programmes génératifs, la dynamique de systèmes complexes où chaque élément obéit à une logique algorithmique comparable aux équations de la physique, faisant de l’œuvre un processus toujours en devenir, jamais totalement prévisible. Anne-Sarah Le Meur et Anne Blanchet déploient la lumière comme un espace vivant, où formes et couleurs naissent d’interactions continues, créant des environnements immersifs qui évoquent une cosmologie vibratoire. Lab(au) et Visual System inscrivent l’art cinétique dans l’ère des flux d’information, transformant l’instabilité quantique en expérience collective au sein de champs lumineux et sonores régis par la superposition du hasard et de la règle. Yoann Ximenes interroge quant à lui le rôle de l’observateur par la vidéo et l’algorithme : mesure, trace et ombre participent à l’émergence de l’œuvre, comme dans un laboratoire expérimental.


La dimension mécanique demeure centrale chez certains artistes, mais elle acquiert une valeur métaphorique nouvelle : Ivan Black conçoit des structures en transformation cyclique, rappelant les oscillations atomiques et la nature non linéaire du monde quantique, tandis que Vincent Leroy et Joël Chasseriau explorent la fluidité des formes et des matériaux, entre ordre et chaos. Eduardo Kac élargit encore le champ du cinétique au vivant, rejoignant les questionnements de la biologie quantique et affirmant que le mouvement est au cœur même de la matière vivante et de la pensée. Dans un autre registre, Yucef Merhi et Sascha Nordmeyer révèlent, par le détournement des technologies et des langages, l’indétermination propre aux systèmes de communication contemporains.


Chez Santiago Torres, la participation du spectateur devient le moteur central : chaque geste génère une onde visuelle ou sonore, rappelant que l’observateur influence la réalité observée. Atelier Rivas & Wloch, Inès Silva et Pascal Dombisdéveloppent également des dispositifs fondés sur l’itération, la répétition et l’instabilité perceptive, tandis que Alberto Biasi, David Apikian et Ioannis Perisoratis réactualisent les fondements du mouvement optique et spatial. De Le Parc à Torres, de Yvaral à Schmitt, de Biasi à Visual System, se dessine une constellation d’artistes qui partagent un même paradigme : le réel n’est plus fixe mais en perpétuel devenir, la matière est vibration, le temps instabilité et l’espace construction de l’expérience. L’art cinétique apparaît ainsi comme une passerelle entre esthétique et science, entre perception et théorie, affirmant que l’instabilité du réel n’est pas une menace mais une ouverture : un espace où l’humain, par son regard et son interaction, devient co-créateur du monde.

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